Préambule:
Avec la venue du challenge le deuxième volet des Contes à dormir coureur après "Le marathon" aura pour thème "Le cross".
Ce volet apparaîtra sous forme de 4 épisodes
Le cross
(où tout ce que l'on ne vous a pas dit sur le RCS et ses organisations)
Comment peut-on aimer le cross ? (ép.1)
Mado était accro au cross. Elle kiffait ça.
C’était son truc, sa drogue, son gardénal comme aurait chanté un Lama à Pigalle.
Pourtant elle ne pratiquait pas la course à pied bien qu‘elle se servit fréquemment de ses petons.
D’une certaine manière, si l’on regarde la vie d’un point de vue optimiste, c’est après elle que l‘on courait. Elle plaisait.
C’est la raison pour laquelle quand elle y faisait un tour, au cross, elle revêtait ses plus beaux atours. Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Mais attention, le travail ne commençait jamais avant le dénouement de la course.
Elle avait découvert cette discipline à Boulogne, au bois, entre deux Brésiliennes, lors de la dernière édition du cross du Figaro en l‘an 2000.
Tous les dimanches matin depuis l’interruption de cette course fameuse, elle prenait son auto et écumait la région parisienne pour assister aux épreuves de ce type.
Elle appartenait à la cohorte des fidèles du cross des Mureaux et ne ratait pas une édition de l’épreuve de l’US Métro.
De grande taille et perchée sur de hauts talons, jamais une tête, malencontreusement mal placée, ne la gênait pour profiter du spectacle de choix fourni par l’effort des concurrents.
Elle jouissait (sans simulation) à la vue d’un mollet racé, d’une cuisse vigoureuse, d’une foulée harmonieuse. Un finish au corps à corps pour franchir la ligne d’arrivée en tête la mettait en transe.
Mady adorait que ses pointes crissent.
Sur du tartan, des feuilles mortes ou quelques cailloux éparses, elle attendait que les sons de ces contacts la prissent.
Le cross la transcendait d’autant plus qu’outre le cri de ses pointes, elle y retrouvait la forêt.
Dans ce cadre naturel on la découvrait épanouie. Ça n’était pas toujours le cas dans son quotidien.
Elle avait tôt suivi son père dans les labours normands où il concourait. Le mauvais temps hivernal, la boue ne l’effrayaient pas. Elle s’y était habituée.
- Dans la nature, Mady sourit. Se plaisait à dire son géniteur à ceux qu’ils croisaient et voulaient bien l‘écouter.
Durant ses toutes jeunes années elle avait d’abord trottiné sans relâche dans les pas de son papa de-ci de-là, cahin-caha, bottines aux pieds, protégée par un ciré aussi rouge que ses joues, puis elle l’avait suivi sur les courses.
Désormais, les rôles étaient inversés. C’est le paternel qui se trouvait être le plus assidu de ses fans. Il déambulait sans déambulateur dans les sous bois mais affublé à chaque main de deux petits gaillards qu’il appelait les mady’sons en regard de l’origine anglo saxonne de leur père parti depuis aux États Unis pour y croquer une jolie apple. Sacrée pomme de dépit pour sa fille.
Avec l’apple way of life de son ex, Mady n’était pas prête de délaisser les sous bois pour le marathon de New York.
Elle courait plutôt bien. Construisait sa course comme une poésie, en vers et contre tous. Son cœur battait en pieds jusqu’à la rime finale. Elle respirait en alexandrins toutes les douze foulées et cela lui réussissait car elle n’était jamais essoufflée. Ah mes amis, Quel lyrisme dans ses envolées !
Dans La ville de Grand Ceinture, tout le monde connaissait le révérend père Pasquet.
Un homme actif qui œuvrait au moyen du sport à la réinsertion des personnes en difficulté.
Toutefois bien qu’on le nommât encore ainsi, il avait quitté les ordres.
Il gardait pourtant foi en l’homme.
Pour réaliser son projet il avait intégré le club d’athlétisme de la ville et réapprenait l’effort à des gens qui en avaient perdu le goût en se perdant eux-mêmes.
Il possédait l’énergie d’un prêtre-ouvrier, savait suggérer, remettre en confiance, secouer et même haranguer et bien que ça n’ait rien à voir, se rendait tous les ans à la fête du hareng de Fécamp.
De réinsertions réussies en harengs dégustés, il eut l’idée un jour de créer un challenge de cross pour que les efforts de ses réinsérés revêtent un sens concret qui durât.
Il le baptisa le Challenge inter cross de la Seine et dans la foulée, si je puis dire, changea le nom de son club en RCS : Réinsertion Cross Sauvegarde et s’appliqua à ce que chaque membre s’évertue à gagner le challenge.
Avec ce but suprême, son entreprise fonctionnait. Occupés à courir pour le club, les âmes en peine ne pensaient plus que réussite et foulée positive. Foin du bourdon et de la dévalorisation, ils se reconstruisaient à la force du mollet.
Bien sûr, ce pari ne se tenait point sans peine. Comme l’avait promis celui que l’on avait surnommé Groucho rapport à sa paire de lunettes, ses bacchantes et sa coiffure, Il y eut du sang (quelques chutes sans gravité) de la sueur (des tonnes) et des larmes (de crocodile, lointain cousin du hareng puisqu‘il vit dans l‘eau).
Fort de sa réussite, Groucho coulait des jours heureux mais un regret le taraudait.
Ses ouailles n’avaient jamais gagné le challenge.
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