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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 10:50

Bonjour lecteurs du blog 

La parution du dernier conte à dormir coureur concernant le semi marathon coïncidait à la fois avec le semi des Boucles de la Seine, mais aussi et cela tombait bien avec la journée de la femme qui y était mise à l’honneur.

Le prochain conte concernera une autre sorte d’épreuve non encore évoquée, le relais. Le club va participer à celui de Saint Paër et je ne doute pas, étant donné l’esprit de camaraderie qui y règne que de bons moments nous y attendent.

Après le cent mètres, le cross,  le semi, le marathon , le trail, voici donc le relais . Comme il y a quatre relayeurs, il paraîtra en quatre fois.

En vous proposant ces contes à dormir coureur, je m’efforce de traiter toutes les distances que nous sommes amenés à courir. Je souhaite aussi que chacun y trouve le rappel de moments vécus et du rêve. C'est la raison pour laquelle j'essaie de varier le fond des histoires qui me servent de support. 

Bonne lecture et heureuses futures courses à toutes et tous. 

 

1. Entraînement vers l’enfer

 

Il y a de cela fort longtemps, alors que je m’entraînais sur les petites routes d’une campagne reculée afin de préparer le relais du Saint Père qui se courait sur une partie méconnue du chemin vers Compostelle, le mauvais temps s’abattit sur moi comme la faim sur le pauvre monde à tel point que je dus me mettre en quête d’un abri.

J’aperçus au loin une habitation dont la cheminée fumait et j’accélérai aussitôt ma foulée pour y parvenir au plus vite.

La bâtisse présentait la façade peu engageante d’une maison de sorcière.

Peu rassuré mais sans alternative sous les bourrasques de pluie et de vent qui redoublaient de violence, je frappai à la porte.

Une vieille m’ouvrit. Pressé et trempé par les intempéries, je m’engouffrai dans la maison sans même regarder mon hôtesse, comme happé par le bon feu de cheminée qui éclairait la pièce principale. Je trébuchai sans tomber car il y avait un décalage entre le sol en terre battue de la maison et le seuil de la pièce et me précipitai vers l’âtre. J’y réchauffai illico mes mains et mon buste frigorifiés.

J’entendis alors dans mon dos une voix chevrotante s’adresser à moi sur un ton perfide.

- On ne dit pas bonjour à sa bienfaitrice jeune homme ?

Confus je me retournai pour m’excuser mais les mots s’arrêtèrent dans ma bouche avant qu’ils ne sortent.

Je restai saisi. Le visage de la vieille qui me dominait de dix bons centimètres était penché sur le mien à le toucher. Mon panorama donnait sur une bouche édentée surmontée d’un regard perçant de rapace, le tout entouré de filaments blancs, lointains souvenirs d’une chevelure.

Un souffle à l’odeur fétide s’exhalait de ce gosier, terrorisant l‘intérieur de mon nez.

Elle m’examinait telle une mante religieuse qui paralyse sa proie.

- Ni poli, ni bavard proféra-t-elle. Puis elle se mit à pratiquer une danse macabre qu'elle accompagna d'un grand rire satanique qui me donna la chair de poule.

Peu enclin à devenir le héros malheureux d’un conte à mourir coureur, je pris sur moi pour dépasser le stade pétochal dans lequel j‘étais prostré. En recherche d’un acte salvateur, je lui adressai la plus horrible des grimaces que je pus confectionner de mes traits figés tout à la fois par l’appréhension et le froid. J’accompagnai cela de mille pardons et d’autant de mercis.

Vous savez comme moi que la grimace est à la sorcière ce que le sourire est à la fée.

La mienne parut lui plaire. Elle sembla se radoucir.

- Ôte ton short et ton maillot, petit, ils sont trempés, on va les faire sécher me dit-elle d’un ton égrillard et va replacer la chevillette et la bobinette sur la porte d‘entrée que le vent ne s‘engouffre pas.

Ah mes amis, que d’émotions ! Quel choix adopter ? Étais-je tombé de Charybde en Scylla ? La tornade ou …

En slip, comme écrasé par la fatalité, j’allai tirer le verrou.

Entre temps, cette femelle diabolique avait mis à sécher mes oripeaux et installé une peau de mouton devant le feu.

Assise, tournée vers moi, elle me fit signe d'avancer de son doigt crochu.

Ses ongles étaient longs, sales et affûtés comme des lames de rasoir.

Je cours au supplice peuchère me dis-je en progressant vers elle comme un condamné se rendant à l’échafaud.

Elle s’était emparée d’un balai. Avec le manche elle tapota l‘espace vide de la peau de mouton, qui se situait près d‘elle de manière à me montrer l’endroit où je devais m’asseoir. J’obtempérai.

Je sentais son flanc ridé tout près de ma hanche.

Un crapaud hideux et gluant vint se frotter contre elle comme un toutou vient câliner sa maîtresse.

Nous restâmes ensuite un long moment le regard fixé sur le foyer puis elle brisa le silence.

- Sais-tu, petit, que je lis l’avenir et le passé dans les flammes ?

Vous pensez bien que je n’avais nulle envie de la contrarier !

- Comme tu m’es sympathique, je vais te narrer l’histoire que les oracles nous envoient.

Projetées sur le sol par la lumière des bûches qui crépitaient, nos deux ombres s’emmêlaient et se détachaient, se déformant sans cesse au gré des caprices du feu.

J’implorai dame fortune que cela ne donnât pas d’idées malsaines à mon horrible compagne.

Dieu merci, elle entama son récit.

Curieusement, sa voix s’était posée et la fin de certaines de ses paroles répercutée sur la paroi des murs nous revenait en écho, co, co.

                     

                                          

 

 A suivre au prochain épisode : "Jéronimo et sa tribu"

 

Publié par Jean François JOLY - dans Contes à dormir coureur

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